04/08/2008

La Poseuse, pose 5


Déjà ma nouvelle pose ne me semble plus si masculine. Quelque chose s’est installé à l’intérieur.

Le voyant reprendre ses pinceaux, je réalise combien ces disparitions successives laissent leur empreinte.
Anéantissant et remodelant son sujet, Gilles oscille sur le fil vertical de cette mémoire. Il se joue de toute ressemblance immédiate. Me voilà libre de dénouer mon attention, de la rendre plus fluide, moins envahissante.
En fait de fluidité, je rêve de plumes et d’oreiller, oh se dégourdir les mains vers une tasse de café !

Première pause.

Gilles a foncé la silhouette, tiré le profil droit vers l’ombre. Le buste s’est gonflé de taches brunes, les bras se sont épaissis, le visage mangé de touches sombres a gagné en vie.

Vingt minutes passent.

Gilles me lance des regards rapides, soupire, son visage se plisse, il finit par s’emporter : « Ça s’en va ! Ça part complètement, cette fois-ci j’ai tout foutu en l’air ! »

Il continue pourtant.
Je ne vois rien.
J’ai l’impression qu’on me cabosse la figure.

« Il y a un autre visage qui sort. L’autre visage est revenu. »

Il s’applique à me saccager le portrait, consciencieusement, sans répit, avec une volonté farouche.
(J’attends le coup de pinceau qui me fera remonter à la surface.)

Midi : il faut s’arrêter.

Parfois, je suis inquiète de l’image qui m’immobilisera sur la toile, inquiète d’une précision qui m’emprisonnerait dans le temps et fixerait une seule facette de moi-même.
A suivre...