
Ce matin, j’aurai dû revêtir mon habit de lumière, mon costume de scène… J’aurai dû rejoindre l’atelier et m’installer face à lui.
J’étais prête.
Prête au silence,
prête à l’attente,
prête.
Oui mais.
Mon habit de poseuse est resté suspendu dans l’armoire.
Un mois.
J’ai eu le temps de calmer mon impatience. Celle de vouloir ramener Gilles près du gouffre.
Aujourd’hui, j’oublie ma chemise rose fuchsia.
Gilles ? Il se réjouit et propose de changer de posture :
« J’aimerais quelque chose de plus stable. Si tu décroises les jambes, ta silhouette sera plus concrète. »
Mon corps devient une succession de lignes droites.
Il n’y a plus de courbes, plus de sinuosité.
Le masculin gagne, anguleuse, massive, je suis un samouraï posant pour l’éternité.
Gilles plonge son pinceau dans le jaune de mon t-shirt.
Je suis heureuse de ce nouveau départ.
À nouveau ma silhouette sur le tableau.
« Il y a quelque chose de plus dansant », dit-il.
Une immobilité dansante. Oui.
Gilles ne me regarde pas. Il n’est plus dans l’application posée de la dernière séance.
À le voir peindre, on perçoit ce mélange complexe entre abandon et détermination, un « laissé faire » sous tension.
Il répète qu’il n’arrive pas à aller où il veut. C’est une impuissance douloureuse mais qui ne laisse pas de trace, un doute accepté.
La silhouette s’est densifiée.
« Je trouve qu’elle te ressemble davantage. L’aspect solide. »
Il dit qu’à chaque pose, il perçoit quelque chose de différent de moi.
Il parle d’un portrait qu’il a fait en deux séances.
Il dit que c’est peut-être ça qu’il aurait dû faire avec celui-ci.
Il me montre une toile bleue sur laquelle se détache une silhouette noire anonyme, extrêmement présente.
« Je voudrais arriver là, mais que l’on te reconnaisse. Peut-être que ton portrait, je le ferais en une séance, sans te regarder du tout. Comme un peintre chinois. C’est ça. Je vais faire, refaire, un jour, on prendra une nouvelle toile. Tu seras là. »
A suivre...
Pose précédente>
J’étais prête.
Prête au silence,
prête à l’attente,
prête.
Oui mais.
Mon habit de poseuse est resté suspendu dans l’armoire.
Un mois.
J’ai eu le temps de calmer mon impatience. Celle de vouloir ramener Gilles près du gouffre.
Aujourd’hui, j’oublie ma chemise rose fuchsia.
Gilles ? Il se réjouit et propose de changer de posture :
« J’aimerais quelque chose de plus stable. Si tu décroises les jambes, ta silhouette sera plus concrète. »
Mon corps devient une succession de lignes droites.
Il n’y a plus de courbes, plus de sinuosité.
Le masculin gagne, anguleuse, massive, je suis un samouraï posant pour l’éternité.
Gilles plonge son pinceau dans le jaune de mon t-shirt.
Je suis heureuse de ce nouveau départ.
À nouveau ma silhouette sur le tableau.
« Il y a quelque chose de plus dansant », dit-il.
Une immobilité dansante. Oui.
Gilles ne me regarde pas. Il n’est plus dans l’application posée de la dernière séance.
À le voir peindre, on perçoit ce mélange complexe entre abandon et détermination, un « laissé faire » sous tension.
Il répète qu’il n’arrive pas à aller où il veut. C’est une impuissance douloureuse mais qui ne laisse pas de trace, un doute accepté.
La silhouette s’est densifiée.
« Je trouve qu’elle te ressemble davantage. L’aspect solide. »
Il dit qu’à chaque pose, il perçoit quelque chose de différent de moi.
Il parle d’un portrait qu’il a fait en deux séances.
Il dit que c’est peut-être ça qu’il aurait dû faire avec celui-ci.
Il me montre une toile bleue sur laquelle se détache une silhouette noire anonyme, extrêmement présente.
« Je voudrais arriver là, mais que l’on te reconnaisse. Peut-être que ton portrait, je le ferais en une séance, sans te regarder du tout. Comme un peintre chinois. C’est ça. Je vais faire, refaire, un jour, on prendra une nouvelle toile. Tu seras là. »
A suivre...
Pose précédente>
