26/07/2008

La Poseuse, pose 3


J’arrive à l’atelier, il fait froid.

« J’ai tout effacé. J’ai voulu aller trop vite. Il faut changer de méthode, tout reprendre du début posément.
– Mais, Gilles, il y avait quelque chose !
– Tu n’y étais pas. Il faut d’abord que je fasse ton portrait pour essayer autrement ensuite ».

Une épaisseur de bleu mort : je ne vois que ça.

Il raconte qu’après la dernière séance, il est parti travailler ailleurs. Au milieu de l’après-midi, il a tout laissé en plan, il est retourné à l’atelier, il a repris ses pinceaux, travaillé et là, tout a disparu. Tout.
Une nouvelle fois il a étalé du bleu et il l’a laissé.

Il travaille avec beaucoup de mesure. On le sent plus à l’aise même s’il répète d’un air légèrement dépité qu’il fait comme à l’école.

« Ça me plait davantage. Je peins ce que je vois, sans effets. Et je retrouve du plaisir. Tu sais, ce plaisir enfantin du dessin. »

Je l’imagine, de grosses lunettes ventrues sur le nez, des crayons de couleurs pleins les mains. Il n’y a plus de fièvre dans ses yeux, mais une tranquillité absorbée.
Comme celle d’un enfant.

« Cette fois, dit-il, la silhouette est plus petite, elle tiendra sur toute la surface du tableau. C’est un changement de cap, je sais, mais pour l’instant, je ne peux pas faire autrement. C’est une question d’exigence, il faut d’abord trouver l’invisible. »

Sur la toile, une nouvelle silhouette, plus attendue, moins vivante.
A suivre...