
Il a suffi d’un regard pour le laisser entrer.J’étais assise, immobile et je l’ai laissé venir.Il m’a saisie avec ses yeux.Ses grands yeux doux qui ne vous regardent pas.
On ne peut pas savoir avant que les yeux du peintre ne croisent ceux du modèle, c’est magnifique et ça fait froid dans le dos.Des crochets !Ils vous prennent et vous savez qu’ils ne vous lâcheront pas.
Quand je suis arrivée, Gilles préparait la toile. Il la tendait sur le châssis.
C’est sec le bruit de l’agrafeuse.Un bruit de pistolet pour enfant. Clac, clac, clac…..Quelque chose se déclenche dans votre tête. Vous n’y faites pas vraiment attention, mais vous savez tout de même que tout à l’heure, il va falloir desserrer quelques boutons.C’est ça, n’est-ce pas, que l’on veut voir ?Ce qu’il y a en dessous, bien en dessous des boutons…
La toile est blanche, étincelante. Elle brille dans la lumière matinale.Gilles se penche vers sa boîte de pinceau.Il en choisit un, bien épais.Il le plonge dans le bleu outre-mer.Et là, vous qui étiez en train de plaisanter, de parler du temps, vous êtes saisi. Le bruit du couteau sur la toile. La disparition du blanc.Vous vous éloignez de façon vertigineuse de vous-même.De cet endroit où l’on vous laisse tranquille.Perdue au milieu du monde.Perdue, tranquille.
Il prend du noir.Il entre dans la silhouette.Et moi,Moi…J’entre dans ma peau de modèle.J’aligne ma colonne vertébrale.Je me centre sur les sensations de mon corps immobile.Je deviens un objet muet.Je suis à la fois passive et déterminée.J’observe le peintre, les plissements de son visage.Un miroir à déchiffrer.Que voit-il ? J’observe, les bras qui s’ouvrent, la main qui se tend,l’œil, son va-et-vient à la fois serein et tendu.
Il dit : « Tu sais, il y a deux ans, j’ai commencé le portrait d’une amie, on n’a jamais fini. Ça n’arrivait pas à s’enclencher. »
Pourquoi me dit-il ça ? Ça fait seulement une demi-heure que je pose. Cette fille ne devait pas être très décidée, ni lui d’ailleurs.Ça ne me concerne pas.
Il laisse couler un ruban de peinture bleue.Très vite, il en recouvre la silhouette.
Il rit de mon embarras.
Déjà ses couteaux grattent la toile.Et je réapparais, différente.
« Je vois une femme sur la toile qui n’est pas toi. Il va falloir que je la fasse disparaître. »
Moi, sur le tableau, je ne vois que moi.Je me cherche et je me trouve.Un peu.Déjà. Oui.
(J’aime le cou qui tire la silhouette hors d’elle-même.)
À nouveau le bleu.
Gilles gratte la toile. Il rassemble des copeaux dans le creux de sa main, comme des rognures de crayons de couleur.Il saisit son miroir rectangulaire et scrute attentivement la toile.
« On laisse comme ça, c’est bien pour redémarrer. »
Je remets mes habits de ville et je rentre.
Que va-t-il advenir après ce commencement ?C’est infime ce qui vient d’apparaître sur la toile.C’est le début de notre histoire,celle du peintre et du modèle.Une histoire de trame à tramer ensemble.
A suivre...
On ne peut pas savoir avant que les yeux du peintre ne croisent ceux du modèle, c’est magnifique et ça fait froid dans le dos.Des crochets !Ils vous prennent et vous savez qu’ils ne vous lâcheront pas.
Quand je suis arrivée, Gilles préparait la toile. Il la tendait sur le châssis.
C’est sec le bruit de l’agrafeuse.Un bruit de pistolet pour enfant. Clac, clac, clac…..Quelque chose se déclenche dans votre tête. Vous n’y faites pas vraiment attention, mais vous savez tout de même que tout à l’heure, il va falloir desserrer quelques boutons.C’est ça, n’est-ce pas, que l’on veut voir ?Ce qu’il y a en dessous, bien en dessous des boutons…
La toile est blanche, étincelante. Elle brille dans la lumière matinale.Gilles se penche vers sa boîte de pinceau.Il en choisit un, bien épais.Il le plonge dans le bleu outre-mer.Et là, vous qui étiez en train de plaisanter, de parler du temps, vous êtes saisi. Le bruit du couteau sur la toile. La disparition du blanc.Vous vous éloignez de façon vertigineuse de vous-même.De cet endroit où l’on vous laisse tranquille.Perdue au milieu du monde.Perdue, tranquille.
Il prend du noir.Il entre dans la silhouette.Et moi,Moi…J’entre dans ma peau de modèle.J’aligne ma colonne vertébrale.Je me centre sur les sensations de mon corps immobile.Je deviens un objet muet.Je suis à la fois passive et déterminée.J’observe le peintre, les plissements de son visage.Un miroir à déchiffrer.Que voit-il ? J’observe, les bras qui s’ouvrent, la main qui se tend,l’œil, son va-et-vient à la fois serein et tendu.
Il dit : « Tu sais, il y a deux ans, j’ai commencé le portrait d’une amie, on n’a jamais fini. Ça n’arrivait pas à s’enclencher. »
Pourquoi me dit-il ça ? Ça fait seulement une demi-heure que je pose. Cette fille ne devait pas être très décidée, ni lui d’ailleurs.Ça ne me concerne pas.
Il laisse couler un ruban de peinture bleue.Très vite, il en recouvre la silhouette.
Il rit de mon embarras.
Déjà ses couteaux grattent la toile.Et je réapparais, différente.
« Je vois une femme sur la toile qui n’est pas toi. Il va falloir que je la fasse disparaître. »
Moi, sur le tableau, je ne vois que moi.Je me cherche et je me trouve.Un peu.Déjà. Oui.
(J’aime le cou qui tire la silhouette hors d’elle-même.)
À nouveau le bleu.
Gilles gratte la toile. Il rassemble des copeaux dans le creux de sa main, comme des rognures de crayons de couleur.Il saisit son miroir rectangulaire et scrute attentivement la toile.
« On laisse comme ça, c’est bien pour redémarrer. »
Je remets mes habits de ville et je rentre.
Que va-t-il advenir après ce commencement ?C’est infime ce qui vient d’apparaître sur la toile.C’est le début de notre histoire,celle du peintre et du modèle.Une histoire de trame à tramer ensemble.
A suivre...
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